Troisième pièce de la Tenture de Diane d'Anet.
Latone en Lycie
Les tapisseries faisaient partie d'une tenture tissée pour Diane de Poitiers et pour son château d'Anet, dont elles ornaient vraisemblablement le premier étage.
Les sujets, conçus par le poète Jacques de Vintimille ( P.V. Desarbres, 2021), sont explicités par un poème, placé dans le cartouche, rédigé en français formé de dix vers liés par des rimes alternées ou coupées.
La tenture comportait 11 scènes, comme le prouve le manuscrit retrouvé de son programme iconographique par Jacques de Vintimille (Desarbres, 2021). Quatre pièces (Les Paysans de Lycie transformés en grenouilles, La Mort d'Orion, La Mort de Méléagre et Le Sacrifice d'Iphigénie), anciennement conservées à Anet où elles avaient été réintroduites vers 1875, ont disparu dans un incendie en 1997. Deux autres sont conservées au Metropolitan Museum of Art de New York (Le Blasphème de Niobé et La Mort de Britomartis) ; une autre se trouve au musée des Antiquités de Rouen (Diane implore de Jupiter le don de chasteté) ; un fragment représentant Le Triomphe de Diane sur Vénus et Cupidon se trouvait en 2005 à la galerie Wildenstein à New York ; Emile Peyre semble avoir conservé trois autres tapisseries non identifiées de la tenture (parmi peut-être lesquelles une ou deux aujourd'hui à Écouen). Des éléments de bordures sont conservés à Anet.
Les bordures portent les emblèmes liés à la déesse Diane et le double delta, monogramme de Diane de Poitiers. Ils sont associés à la devise « Non frustra Jupiter ambas » (« Jupiter ne les protège pas en vain tous les deux ») prise entre un rameau d'olivier et une branche de palmier. La première tapisserie porte, en outre, à droite, l'inscription « Sic immota manet » (« Ainsi elle reste assise »). Lors du passage dans la collection de Francesco Grillo, sur les deux tapisseries de New York, le chiffre d'Henri II « HDD » a été modifié au profit de celui de son propriétaire de l'époque, « GG ».
Autrefois à Anet, château, détruite en 1997.
Sujets principaux : Latone, fuyant la menace de Junon et portant dans les bras Diane et Apollon enfants, arrive en Lycie ; les Paysans de Lycie changés en grenouilles pour avoir refusé à Latone et à ses enfants de boire l’eau de leur étang ; Vénus envoyant l’Amour vers Diane ; Diane, chassant le cerf avec ses nymphes, est visée par l’Amour archer.
Sujet secondaire, en bas, dans un cartouche ovale : Diane debout sur un autel, tenant un arc à double courbure et entourée de chiens, avec la sentence : namqve hoc stvdivm ⸱ / tv prima dedisti (De toi la première vient [la chasse], ou, plus littéralement : Car tu es la première [ou la seule] à nous avoir donné cette ardeur ou cette intelligence [dans le sens de : art de la chasse]).
Bordures supérieure et inférieure : Latone mettant au monde Diane et Apollon entre un palmier et un olivier dans l’île de Délos, avec la sentence : sic immota manet (Ainsi reste-t-elle immobile), et deux rameaux d’olivier et de palmier entrecroisés, avec la sentence : non frvstra ivpiter ambas (Ce n’est pas en vain que Jupiter [protège ou donne] les deux). Aux angles de la bordure supérieure, armes de Diane de Poitiers (parti : au 1er d’azur, à l’écusson d’azur bordé d’or, chargé d’un autre écusson d’argent et accompagné de huit croisettes d’or (Brézé) ; au 2e écartelé a) et d) d’azur, à six besants d’argent, au chef d’or (Saint-Vallier) ; b) d’azur, semé de fleurs de lis d’or, au franc-quartier senestre d’argent, chargé de trois croissants mal ordonnés de gueules (par concession royale) ; c) d’argent, emmanché de sable). À mi-hauteur des bordures latérales, à gauche, chiffre HDD entrelacés de Henri II (réfection moderne, selon Coural et Babelon, 1972, n° 456), et à droite, monogramme GG entrelacés de la famille Grillo.
Source littéraire antique : Ovide, Métamorphoses, VI, 337-381.
latona encor fvyant vint en lycie
pres d’vn estang ov la chimere ardoit
et povr de l eav avx villains s’hvmilie
mais d’en⸱avoir chascvn ⸱d evx l e[n] gardoit
dont l œil divin qvi dv ciel regardoit
levr crvavté en grenoilles les mve⸱
d’avtre coste cypris d orgveil esmeve
vevt qve d’amovr diane soit frappee
il gvette assez⸱ mais en vain, se remve
povr ce qv elle’ est a la chasse occvpee
Hypothèse avancée pour la première fois par Roy (1929) puis par Edith Standen (1985) et réellement exprimée par Sylvie Béguin (1991) ; réfutée par Forti Grazzini (2007 : « inutile de recourir à l'improbable hypothèse Carmoy »); retenue par Cordellier et Scailliérez, 2021.
Roy (1929) ; Phillips (1943). Le nom de Cousin a dominé la critique mais quelques historiens ont imaginé que la Tenture de Diane pouvait résulter de la collaboration de plusieurs artistes: sans préciser lesquels (Coural et Babelon, 1972 ; Raggio, 1974), d'autres la collaboration de Cousin, Penni et Carmoy (Béguin, 1978 ; Bertrand, 1997).
Hypothèse qui a été synthétisée par Crépin-Leblond (2001) : « une conception de Cousin, reprise et précisée par plusieurs peintres , parmi lesquels Luca Penni et Charles Carmoy » et par Th. Campbell (2002).
Golson (1957), Bardon (1963), Béguin ( 1965).
Peut-être l’une des « vieilles tapisseries de particulière façon, fort rares pour leur antiquité » vues à Anet par Denis Godefroy le Jeune en 1640 (Roussel, 1875, p. 127) ; Francesco Grillo (1636-1703), époux de Vittoria Spinola, fait marquis de Francavilla en 1692, Gênes (Boccardo, 2003, p. 125-126) ; achetée par Ferdinand Moreau à l’Hôtel des ventes à Paris en 1860 (selon Béguin, 1978, p. 57) ou avant avril 1878 (selon Montaiglon, 1878, p. 296) pour être placée au château d’Anet ; acceptée en dation par l’État en 1973 et mise en dépôt au château d’Anet.
Pièces d'une même tenture de tapisserie.