Cheminée de Salomon et la reine de Saba
cheminée peinte
Cheminée de Salomon et la reine de Saba
Sujet tiré du Livre des Rois (10, 1-3) ; deux petits médaillons centraux, ovale en haut et rectangulaire en bas de la composition principale, représentent en camaïeu des scènes aujourd'hui illisibles.
La cheminée de la Rencontre de Salomon et de la reine de Saba (I, Rois, V) est une des trois cheminées qui se rapportent aux premiers rois d'Israël, Saül, David et Salomon. Cette scène évoquait sans doute la richesse du connétable par les vases d'or disposés au premier plan (qui se retrouvent dans les vases portés par les figures latérales, de part et d'autres du cadre).
Hervé Oursel (1995, p.38) pense que cette scène de l'Ancien Testament peut être interprétée comme un hommage du connétable au roi Henri II, le monarque qui a eu la « sagesse » de le rappeler à sa cour pour s'occuper du gouvernement du royaume. La salle où la scène prend place pourrait avoir été la salle du parement du connétable, c'est à dire, celle où il recevait sa clientèle, « et alors l'évocation de la sagesse du roi hébreu devient une allusion à celle du grand seigneur administrant ses domaines. », deux interprétations qui peuvent se compléter.
grande salle du rez-de-chaussée de l'aile sud (à côté de la chapelle)
Il s'agit d'une des cheminées d'Écouen où la scène centrale, rectangulaire, est flanquée d'opulentes sculptures feintes et de cuirs très proches des modèles de Fontainebleau.
La porteuse de vase s'inspire beaucoup d'une nymphe sculptée par Jean Goujon pour la Fontaine des Innocents (1549). Les architectures dans la composition centrale s'inspirent de dessins de Du Cerceau, parus en 1550.
Usure générale de la couche picturale ; trou central correspondant au passage d'un tuyau de poêle ; le linteau de la cheminée, en faux marbre vert, pose des problèmes ; les photographies des années 1970-90 montrent à la place une frise de grotesques en camaïeu beige et blanc qui semble avoir été repeinte « à une date incertaine », vers le milieu du XVIIIe siècle (Oursel, 1995, p. 29) dissimulant le décor initial de faux marbre que l'on a depuis retrouvé (ou reconstitué?).
Certaines cheminées sont déjà restaurées ou « rafraichies » du temps des Condé. Les cheminées ont ensuite été recouvertes de plâtre ou de badigeon. Dégagées en partie au début des années 1840 (par un concierge du château), de nouveaux dégagements ont lieu en partie entre 1851-1852 sous la direction de l’architecte Alphonse Lejeune. Au classement du château en 1862, on dénombre alors 10 cheminées dégagées de leurs badigeons. Elles sont dissimulées de nouveau par un coffrage en bois en 1864. Sondages, dégagements et nettoyages ont lieu à partir de 1960 par le service des Monuments historiques (on découvre les deux dernières cheminées de l’ensemble). Elle son remises au jour dans les années 1970 dans un état très dégradé.
Cheminée restaurée en 1978 par la maison Malesset-Genovesio, puis en 1980 par M. Fontaine, en 1996-2001 par F. Hourrière, et en 2001 par L. Blaise.
Peinture à l'huile sur enduit sec ; les empâtements et la palette très franche et heurtée sont bien perceptibles sur les détails.
D. Cordellier 2024
« Une attribution à Dumonstier des peintures d'au moins cinq des cheminées du château d'Écouen s'accorde bien avec les observations formulées jusqu'à présent par les historiens de l'art à propos de leur style : la plupart ont en effet signalé leur filiation avec les décors de Fontainebleau, pointé l'influence de Rosso Fiorentino qui faisait jour et supposé que l'exécution était française plutôt qu'italienne. »
D. Cordellier remarque qu'un autre artiste d'origine rouennaise, Jean Goujon, avaient déjà travaillé pour Écouen : « la "nation normande" contribua donc en nombre au premier chantier du château. En fût-il de même autour d'Abaquesne lors du deuxième ? Et Dumonstier était-il de la partie ? La question s'impose au vu du style des peintures de plusieurs cheminées du château. »
C'est une des cheminées les plus manifestement proches de l'art de Dumonstier postérieur à 1550.
C. Scailliérez (2024, p. ?) souligne par ailleurs la parenté des guirlandes de fruit sur fond doré avec celles pratiquées par Dumonstier enlumineur, par exemple sur la Carte de Normandie datée de 1545 (Paris, Bnf, Cartes et Plans).
Sylvie Béguin (1995, p.73) suggère qu’un seul artiste (ayant une connaissance fine des décors de Fontainebleau, de Rosso, de Cousin et de Goujon), a conçu les décors des cheminées d’Ecouen, en déléguant l’exécution à d’autres peintres. Comme piste de recherche, elle propose Michel Rochetel (dont on ne connaît pas l’activité après 1552), Antoine Caron jeune (mais alors comme simple exécutant), Charles Dorigny (qui meurt en 1551, peut-être au cours des travaux, et serait peut-être l’auteur des cheminées de Salomon et la reine de Saba, de la Chasse d’Esaü, et de Saül dépeçant ses bœufs).
Des documents indiquent la présence dans les années 1560 du peintre Jacques Patin (mais qui ne peut donc être l’auteur des cheminées, peintes dans les années 1550) et qui a peut-être travaillé aux frises peintes en 1564 (Gustave Mâcon, « Trois quittances de Jacques Patin (1564) », dans Archives de l’Art français, t. II, 1908, p. 258-259), idée réfutée par Magali Bélime (1999).
Au XVIIe siècle, les archives du château conservaient également une copie du testament de « feu Me Bonaventure Navard, peintre, décédé à Écouen », dont les biens sont saisis (faute d’héritiers) en 1560. Un état des dépenses en date du 13 mai 1561 mentionne un paiement au « painctre d’Escouen », sans donner de nom.
Béguin, 1995, p. 73
p. 26.
vol. II, p. 53-54, comme « Jean Cousin ».
p. 105.