L'Enlèvement de Proserpine
Le tableau a été associé à la composition, de dimensions légèrement supérieures , figurant Eurydice poursuivant Aristée, conservée à Londres (National Gallery).
« Ce tableau est un grand paysage rempli de fabriques vues dans différents lointains. Le devant représente un Fleuve avec la statue de la Divinité qui y préside : il y a six Nymphes prêtes à se baigner étant presque toutes déshabillées. Sur le second plan à droit on voit Pluton qui enlève Proserpine qui a une draperie bleue. Sur la croupe d'une Montagne paraissent des vaches noires, et à côté dans un char Pluton et Proserpine » (Dubois de Saint-Gelais, 1727, p. 355-356).
Béguin (1969, p. 87) suggère que le groupe des compagnes de Proserpine dérive, dans sa conception, de la peinture perdue que Primatice avait réalisée pour la Chambre du Roi sur le même sujet, entre 1533 et 1535, bien avant l'arrivée de Nicolò en France ; elle suggère aussi une influence du passage de Paris Bordone en France vers 1559 sur le développement du paysage à Fontainebleau dans les années qui suivent. A propos du tableau de Londres, elle évoquait par ailleurs l'influence des paysages de Dosso Dossi (1969, In lode di Nicolò, p. 45 ; 2005, p. 448).
Ce paysage et celui de Londres ont été mis en relation avec la mention de paiements, dans les Comptes des Batiments du Roi de 1560-1561, pour « plusieurs toiles en paissages qui restoient à achever pour la décoration du cabinet du Roy et aussi pour avoir peind plusieurs paissages en un passage entre la Chambre de la Reyne Mère du Roy et le cabinet de ladite dame » (Laborde, Comptes, II, 1877 p. 52).
Ces paysages du Cabinet du Roi sont peut être en partie ceux que Cassiano dal Pozzo vit en 1625 dans le cabinet des Peintures (où il les indique comme « gâtés ») ; sont-ils distincts des « huit grands paysages faitz à détrempe par Messer Nicolo, et sont ces tableaux fort estimez » que le Père Dan décrivit en 1642 dans le même Cabinet des Peintures et que l'on retrouve ensuite cités à Fontainebleau dans l'inventaire de 1692 comme « huit grands paysage à détrempe sur thoille de messer Nicolo » ?
Nicolò est ensuite à nouveau payé en 1570 pour « quatre tableaux et paysages en la chambre où estoit le trésor des bagues au dessus de la chambre du Roy »; [...] , et « pour avoir fait, en la maison neufve de la reine qui est sur la terrasse du grand jardin, un grand paisage » (Laborde, Comptes, II, 1877, p. 195 ; Herbet, 1937, p. 369-371, 399).
Ces diverses mentions permettent de situer avec certitude ces deux paysages mythologiques dans la carrière française de Nicolò, mais leur datation, et leur destination précise, demeurent incertaines.
On sait par ailleurs que François de Lesdiguières commanda en 1600 à Jean Ier d'Hoey des copies peintes de cinq tableaux appartenant peut être à une même série, dont un figurait un Rapt de Proserpine (les autres étaient une Histoire de Narcisse, Mars et Vénus, Polyphile et Galatée et Enée et Didon). Peut-être s'agit-il de ce tableau, à moins qu'il ne s'agisse de celui qui est attibué à Léonard dans les collections royales, depuis identifié comme une oeuvre de Gaudenzio Ferrari ?
Duc d’Orléans (1674-1723), Paris (décrit sous le nom de Niccolò dell'Abate par Dubois de Saint-Gelais dans la galerie du Palais Royal, 1727, p. 355-356 ; Striyenski, 1913, p.165 n° 199) ; François de Laborde de Hereville, 1791-1792 ; Earl Gower, marquis de Stafford, duc de Sutherland, Stafford House , 1793 ; Camron-Smith and Marriott Ltd, marchands d’art, Londres ; acquis de ces derniers, 1933.
Les deux tableaux du Louvre et de Londres pourraient avoir fait partie d'une même série, mais cela reste une hypothèse.
t.II, p. 62-63 et p. 486 (Nicolò).
p. 165, n° 199 (« Une des rares œuvres de chevalet de cet élève de Primatice à Fontainebleau »).
p. 101-104.