Lefèvre, Louis-Eugène
Publie sous ce nom et à 100 exemplaires un maigre recueil de sonnets inspirés de l’œuvre de Félicien Rops : Les Ropsiaques, ouvrage imprimé à Londres en 1898 (source : BINHA, Pièce 8° Ye 8200, exemplaire annoté et corrigé par l’auteur). Utilise le même nom pour des articles et des conférences faites dans la capitale anglaise. Possède dans sa collection d’art un dessin de Rops et un portrait de l’artiste par Mathey. Lefèvre fait état de ce nom de plume lorsqu’il est nommé officier d’académie (Bulletin archéologique du comité des travaux historiques et scientifiques, 1913, n° XXXI, 2, p. CXX).
Publie en feuilleton et sous ce pseudonyme, dans le Postillon de Seine-et-Oise , 22 lettres d’Algérie du 14 février au 6 novembre 1892.
Né au n° 163 de la rue Saint-Honoré, adresse du commerce paternel (source : AP, V4E40, acte n° 1503)
Père : Lefèvre, Louis Étienne Désiré, pâtissier réputé de la rue Saint-Honoré, âgé de 31 ans à la naissance de son fils
Mère : Mayeux, Louise, sans profession, âgée de 28 ans à la naissance de son fils
La naissance est déclarée à l'état civil le 22 août, après deux jours passés. La date du 20 est donc déductive (source : AP, V4E40, acte n° 1503). Les listes électorales parisiennes le déclarent, quant à elles, né le 19 août (sources : AP MI 19 304).
Meurt seul et tuberculeux à Paris, à l’asile du Bon-Secours, 66 rue des plantes. Un employé vient déclarer son décès (source : AP 14D35, acte n° 6709). Sa dépouille fut dans les jours qui suivirent transportée et enterrée à Étampes.
156, rue Saint-Jacques
Villa des Louisettes, Les Aygalades-Accates
36 bis, rue Jouffroy
(source : AP, MI19 304, liste électorale de 1911 où il est et restera toujours qualifié d’« écrivain d’art » ; Bulletin de la Société des amis du musée d’Étampes, 1903-1925, n° xx-xx). La rue est aujourd'hui la rue Jouffroy-d'Abbans.
Inspecteur-chef de service de la Cie internationale des wagons-lits (source : Conférences des sociétés savantes, littéraires et artistiques de Seine-et-Oise, 4e réunion, 13-14 juin 1908, Étampes, 1909, p. 6-7).
Jeunesse et premières activités professionnelles mal documentées en dépit d’un journal intime couvrant les années 1888 à 1892 (source : AD des Yvelines 76J/13). Fait ses études au collège d’Étampes, se livre à la critique littéraire et théâtrale à partir de 1892. Voyage la même année en Algérie, en fait quelques comptes rendus dans la presse étampoise. Vit ou fait des séjours à Londres à partir de 1893, y publie sous le pseudonyme de Pierre Caume des articles et un recueil de poésies dans la veine décadente, imprimé sur un papier de couleur verte : « Les Ropsiades », un hommage à l’œuvre de Félicien Rops (1898). Aurait travaillé dans différentes entreprises d’hôtellerie réputées comme secrétaire ou gérant et, de façon plus certaine, pour la Compagnie internationale des wagons-lits. Revient à Étampes vers 1904 et s’y consacre à l’étude de l’histoire et des monuments de sa ville. Encouragé et aidé par Alfred Mayeux, un ami, architecte des monuments historiques, Lefèvre publie son premier article sur le sujet en 1906 : « Le portail de Notre-Dame d’Étampes ». Il reprend son étude, la corrige et la complète dans une seconde édition parue chez Picard en 1908, qui marque un approfondissement de ses connaissances et lui assure une visibilité plus grande. Y propose l’antériorité des statues colonnes d’Étampes sur celles de Chartres.
Par ailleurs, prend part à la vie des sociétés savantes locales. Est nommé le 18 juillet 1907 membre de la Commission départementale des Antiquités de la Seine-et-Oise. En avril 1908, fait l’objet d’une campagne de diffamation aussi virulente qu’inexpliquée dans les colonnes du Gâtinais où son ancien emploi pour une compagnie de chemin de fer est utilisée par un polémiste pour disqualifier sa compétence d’archéologue. Obtient sa condamnation en justice et des dédommagements le 4 août de la même année (source : L’Abeille d’Étampes, 8 août 1908, p. 1). Est désigné secrétaire de la commission en charge de l’organisation des Réunions des sociétés savantes du Gâtinois devant se tenir à Étampes en 1908. Travaille à son organisation et y participe lui-même avec cinq contributions dans la section d’archéologie. Y côtoie son presque homonyme Eugène Lefèvre-Pontalis, archéologue réputé, qui la préside. Admis comme membre correspondant à la Société des Antiquaires de France en février 1909, recommandé par Ferdinand de Mély (source : AN, 36AS/62). Cette visibilité gagnée dans le monde des sociétés savantes d’Ile-de-France, que ne dédaignent pas les personnalités parisiennes, conjuguée aux publications rapprochées de plusieurs études documentées, auront favorisé son embauche à la Bibliothèque d’art et d’archéologie même si le détail du recrutement n’est pas connu. Les premiers documents informant de son activité à la Bibliothèque datent de mai 1909. Il y est responsable du répertoire archéologique, c’est-à-dire de la constitution du fonds photographique. Une part non négligeable de sa mission consiste à solliciter partout en France auprès des érudits locaux, des membres des sociétés savantes historiques et archéologiques, détenteurs de clichés photographiques, des épreuves pour enrichir le fonds qu’il y constitue. Les achats se font aussi en direction des professionnels ayant pignon sur rue : photographes et éditeurs. Son embauche motive son installation à Paris. Sa correspondance professionnelle, pour partie conservée et annotée de sa main, informe incomplètement sur son activité et le volume de ses commandes. Celles-ci sont toujours soumises pour approbation et par principe à Doucet, et acquittées par Aliéneau, trésorier. Après la fermeture de la Bibliothèque en 1914, Lefèvre, devient secrétaire et agent comptable du Cercle des compagnies des chemins de fer (source : xxx). Sa dernière publication savante date de 1917. Ne publie plus guère après son départ de la Bibliothèque. Tuberculeux et affaibli, il est accueilli dans une salle commune du sanatorium de Bicêtre. Il est secouru par quelques membres de la communauté savante d’Étampes et transporté in extremis à la maison de Bon-Secours à Paris, rue des Plantes, où il meurt seul le 23 décembre 1926. Le décès est déclaré à l’état civil par un personnel de l’hospice et sa dépouille sera quelques jours plus tard inhumée à Étampes. Dans ses dernières volontés Lefèvre donne tout ou partie de sa collection d’œuvres d’art au musée d’Étampes et ses archives à caractère savant à la ville (source : Archives municipales d’Étampes, cote 9/Z).
Quelques années avant son propre décès, Lefèvre rédigea la notice nécrologique de Maxime Legrand, un érudit local disparu en septembre 1924, dont la production écrite – semblablement à la sienne – porta presque exclusivement sur l’histoire d’Étampes. Les dernières lignes qu’il lui consacre – on ne peut s’y tromper – dressent en creux sa propre condition et expriment ses espérances :
« Est amateur, pense-t-on, celui qui travaille irrégulièrement, par passe-temps, par goût, pour l’honneur, si l’on veut, et toujours sans espérance de gain. En outre, on suppose volontiers que l’amateur, écrivain ou artiste, ne peut tirer aucun profit des fruits de son travail, parce que ceux-ci sont inférieurs et invendables. On comprendra, sans que j’insiste, combien un tel raisonnement est injuste au moins dans le cas des historiens et surtout des archéologues. Précisément, Maxime Legrand a trouvé un nombre assez considérable d’acquéreurs pour son Étampes Pittoresque, et nous pourrions en conclure qu’il fut un professionnel. Mais après tout, quand on a passé comme lui une grande partie de son existence à travailler dans un art, peut-être a-t-on bien mérité la considération qui s’attache au titre de professionnel, avec d’autant plus de droit qu’on a peiné avec un grand désintéressement. » (source : « Maxime Legrand », Bulletin de la Commission des antiquités et des arts de Seine-et-Oise, 1926, n° 43-44, p. 120-127, en particulier 126-127).
Louis-Eugène Lefèvre commente une sculpture de la collection de Richard Lefebvre des Noëttes dans un article. « L'une d'elles, qui se trouve en la possession de M. le commandant comte Lefebvre des Noëttes, a été jugée digne par M. Camille Enlart d'être moulée pour le Musée de sculpture comparée du Trocadéro, et elle y figure en plâtre, comme pièce du XIIe siècle dans la salle romane (côté oriental). On l'a présentée comme un ancien corbeau dont elle a en effet assez bien la forme et les dimensions ; il s'agit en tous cas probablement d'un support. » (source : Lefèvre, Louis-Eugène. « La démolition du jubé de l'église Notre-Dame d'Étampes en 1791 ». Annales de la Société historique & archéologique du Gâtinais. tome XXXVI, 1923, p. 200-201).