Tenture des dieux arabesques, Cybèle
Tenture des dieux arabesques, Cybèle
Cette tenture figurant des dieux dans des médaillons ovales en largeur se détachant sur un fond vert sombre (altéré aujourd'hui en bleu) orné de grotesques à l'imitation de la voûte de la galerie d'Ulysse à Fontainebleau a été réalisée sous Henri II car les différentes pièces connues portent son chiffre et ses emblèmes (croissant, couronne royale fermée, fleurs de lis).
Quatre pièces en sont connues : deux, entières, au Mobilier National (Flore, Cybèle) et deux fragmentaires au Musée des Tissus de Lyon (Bacchus, Neptune). Les motifs des grotesques sont en rapport avec la personnalité de la figure centrale.
Les quatre médaillons sont entourés de cadres différents.
La question du lieu de tissage de cette tenture est récurrente dans les commentaires : « atelier de Fontainebleau » ou « atelier de l'Hôpital de la Trinité à Paris »? Comme le conclut Guy Blazy (1996) : « Qu'elle soit d'origine bellifontaine ou parisienne, cette tenture illustre parfaitement l'art de ce que l'on appelle la première école de Fontainebleau ».
Sur un fond vert sombre - qui a viré au bleu sombre - médaillon ovale au centre, contenant la figure assise de Cybèle, déesse de la terre, accoudée sur un lion , entourée d'une licorne et de putti. Ce médaillon se détache sur un réseau de faunes, de grotesques et d'ornements accompagnés de corbeilles de fleurs, fruits, épis de blé, pampres, etc... Dans les deux angles inférieurs, deux compartiments carrés, ornés de masques, servent de sièges à deux femmes assises auprès d'un chien et tenant un enfant, dont existe un dessin préparatoire au British Museum, autrefois attribué à Primatice, puis Nicolò dell'Abbate, que D. Cordellier a rapproché de Nosadella et qui pourrait être de Ruggiero de Ruggieri, formé à Bologne auprès de ce dernier et de Tibaldi.
Seule des quatre pièces actuellement connues à être conservée dans son intégrité .
L'attribution se fonde sur un rapprochement avec un document de 1559-1560 dans les Comptes des Batiments du Roi : « A Roger Rogier, maistre paintre, la somme de 360 liv. à luy ordonnée par le Roy, poiur avoir par luy fait dix patrons de grotesque de la généalogie des dieux » (Laborde, Comptes, II, p. 3; Laborde, La Renaissance des Arts, 1855, II, p. 665-666).
D. Cordellier, Danièle Véron-Denise et Jean Vittet (2004).
On ne sait pas vraiment où cette tenture a été tissée, mais on peut présumer qu'elle fut tissée à Paris dans l'atelier créé en septembre 1551 par Henri II dans les ateliers de l'ancien Hôpital de la Trinité, rue saint Denis (devenu Hospice des enfants Bleus).
Sauval (Antiquités de Paris, 1725, t. II, p. 505) indique que Primatice fournit des dessins pour les tapisseries des ateliers de Fontainebleau.
Dimier (1900 p. 111-113 insiste sur le rôle de Primatice (et de Fantuzzi) dans la création de ces grotesques à la voûte de la Galerie d'Ulysse (« dans quatre au moins [de ces compositions d'arabesques au milieu desquelles des sujets occupent une place de médiocre importance] je n'hésite pas à reconnaitre le dessin de Primatice ». Il est moins sûr de l'invention de Primatice pour les sujets centraux : « Je suis en doute si le sujet de Cybèle est aussi le fait du Primatice, mais ce point nous est de peu » et plus loin, p. 386 : « Je ne garde de doute que quant au sujet de Cybèle ; les autres médaillons son très évidemment du dessin de Primatice »).
Le style des figures des médaillons est inspiré de Primatice ; personnages fortement charpentés, occupant largement l'espace, certains vus de dos (Cordellier 2004).
Certains critiques (Lorenzo Lorenzoni , 2005, p. 478-479) considèrent que l'invention des médaillons revient à Primatice lui-même et ne retiennent le nom de Ruggiro de Ruggieri que pour le fond des grotesques.
Dimier 1900 p. 111 et p. 386.
Dimier (1900 p. 386) suggéra que Nicolò dell'Abbate était l'auteur du dessin du British Museum montrant la figure de la Fidélité correspondant à celle de l'angle inférieur droit de la pièce de Cybèle.
Cette hypothèse n'a plus cours et le dessin de Londres a été rapproché d'autres artistes bolonais, tels que Nosadella et Ruggiero de Ruggieri (Cordellier, 2004).
Peut-être la tenture de haute lisse sur fond vert aux armes de France signalée dans la collection de Marie Particelli, épouse du secrétaire d'État Louis Phélypeux de la Vrillière dans son inventaire après décès de 1670.
Acquis par le musée des Gobelins auprès de la municipalité de Chateauneuf (Charente) en 1882.
n° 12 (Ateliers de la Trinité, Paris).
n° 449-450, p. 343 (notice de Jean Coural et Marie Hélène Babelon : plutôt atelier de la Trinité que Atelier de Fontainebleau).
Pascal-François Bertrand et Thomas Campbell, chapitre « Tapestry Production in France 1520-1560 », p. 467-468 : « The design has traditionally been been attributed to Primaticcio, but it could have been executed by various artists who worked under his influence and had access to a copy of the work of Jacques Androuet du Cerceau, whose grotesque engravings may have provided the prototypes for dom of its motifs. One artist who immediately springs to mind is Jean Cousin the Elder, whose decorative designs incorporate a number of similar devices and who carried out similar work, to wit, a set of designs for a chamber of embroidered grotesques for the duchess of Nevers ».