Depuis la vente de la miniature de 1858, ce portrait est dit représenter Montaigne, selon une identification proposée par l'héritière de Bouchardon, qui possédait l'œuvre. Elle est retrouvée en décembre 1958 dans les réserves de la Bibliothèque nationale de France et est estimée comme un « Faux portrait de Montaigne, trouvé privé de son cadre » par le conservateur M. Pognon. En 1971, un autre conservateur annote « Ce portrait ne me paraît pas si faux que cela » (Desan 2007, p. 69, n° 12). Comme le souligne Philippe Desan, peu d’éléments permettent de reconnaître le célèbre humaniste, si ce n’est la calvitie avancée de l’homme. Il paraît donc plus prudent de le faire retomber dans l’anonymat. La date de 1590 est inscrite à la gauche du bras droit de l’homme, mais elle paraît suspecte au regard du costume, que l’on situe plutôt autour de 1570-1575. Trois hypothèses peuvent ainsi être formulées. La première est que la date est un ajout plus tardif, peut-être au moment du décès du modèle (on trouve fréquemment des obiit ajoutés sur des portraits avec la date de mort), la seconde que l’homme porte une collerette démodée, et la dernière qu’il s’agit d’une copie réalisée en 1590 d’après un original plus ancien d’une quinzaine d’années environ.
D’un point de vue stylistique, la miniature, sur cuivre, semble redevable à la production des dernières années de Giovanni Capassini. Bien que le vernis jauni fausse quelque peu l’examen, les comparaisons sont éloquentes. Comme dans le portrait du jeune étudiant en philosophie de 1577 (Avignon, musée Calvet), le corps du modèle est étriqué, ne prenant pas toute la largeur, contrairement aux portraits plus précoces. En effet, à partir des années 1560-1565, le Florentin paraît assimiler davantage le modèle de Corneille de Lyon. Bien que située tardivement dans la chronologie, la miniature s’apparente particulièrement bien au portrait de notable de 1548 (collection particulière) par les tics morphologiques des yeux et du nez, rehaussé d’une pointe de blanc pour apporter du volume. Relevons aussi le dessin particulier de l’oreille, très reconnaissable chez l’artiste qui emploie toujours le même motif. Le traitement minutieux des cheveux et de la barbe concordent également avec sa production. En revanche, la touche employée pour le manteau semble davantage piquetée que dans les autres portraits, une technique peut-être due à la taille de l’objet. Si une attribution sans équivoque à Capassini est difficile à soutenir, nous avons peut-être affaire à un artiste de son atelier copiant le maître, bien que nous ne puissions exclure que le peintre soit actif jusque dans la dernière décennie du XVIe siècle, sa date de mort nous étant inconnue.
date peut-être ajoutée, ou copie de 1590 d'après une oeuvre de 1570-1575, ou l'homme porte une collerette démodée
collection du sculpteur Bouchardon ; sa vente, 4 mars 1858, n° 31 ; Paris, BnF, réserve du cabinet des Estampes, inv. 57 B 18 890
p. 69, n° 12, sous « école française XVIe siècle - 1590 »
sous « d'après Giovanni Capassini ? »
p. 94-95, 140, cat. I.31