Portrait de Charles de Refuge, abbé de Montier-la-Celle de 1488 à 1514
Portrait de Charles de Refuge, abbé de Montier-la-Celle de 1488 à 1514
Autre numéro d'inventaire : RE 367
Issu de la noblesse locale, Charles de Refuge est abbé de Montier-la-Celle, près de Troyes, de 1488 à 1514. C’est sous son abbatiat que plusieurs travaux de construction et réfection sont entrepris, notamment du cloître entre 1508 et 1510 environ. C’est dans ce dernier qu’il a choisi de se faire représenter à genoux, devant son prie-Dieu, recouvert d’un tissu brocardé violet qui montre également ses armoiries (d’argent à deux fasces de gueules, à deux givres ou couleuvres d'azur posées en pal et affrontées, brochant sur le tout, avec en chef une rose de gueules), accompagnées de la croix épiscopale. Un manuscrit rédigé au XVIIIe siècle par un moine de l’abbaye nous apprend que Charles de Refuge avait fait édifier une niche dans le cloître, dans laquelle se trouvait un Ecce homo et qui se fermait grâce au panneau de bois sur lequel il s’était fait portraituré et qui comporte des traces de serrure (Debuisson 1972, p. 25-26). C’est donc un jeu particulièrement habile de mise en abîme que met en place le commanditaire au sein de l’espace religieux et peint, qui nous permettrait de dater le tableau autour de 1510.
Le panneau a été donné par Mathieu Gilles à celui qu’il nomme le Maître de Clairvaux, stylistiquement très proche de Nicolas Cordonnier et dont il est parfois difficilement séparable. Bien que le portrait soit « extrêmement repeint », il nous semble possible de directement rendre l’effigie de Charles de Refuge à Nicolas Cordonnier lui-même. Cette hypothèse s’appuie non seulement sur des comparaisons avec les œuvres connues du peintre troyen, mais également sur des documents d’archives. Premièrement, le portrait de l’abbé s’apparente particulièrement bien aux figures presque germanisantes de l’artiste, notamment les portraits intégrés à ses compositions religieuses. L’homme en noir isolé au fond à droite de la Prédication de saint Vincent Ferrier, qui pourrait être le portrait du commanditaire, est par exemple fort similaire dans sa conception comme géométrisée et anguleuse du visage. De plus, les architectures sont conçues dans une perspective un peu maladroite et ornées de fins éléments de décors communs aux deux panneaux. Deuxièmement, Charles de Refuge et Nicolas Cordonnier se fréquentent déjà à la fin du XVe siècle, lorsque ce dernier est chargé en 1497 de peindre les armoiries de l’abbé sur les clefs de voûte et les nervures de la première travée de la cathédrale de Troyes («Despence pour paintrerie : A Nicolas Cordonnier, paintre, filz de Jaquet le paintre, pour avoir painct la clef, les quatre branches et la filature de la premiere volte en laquelle sont les armes Monsr le grant archidiacre de Refuge, par composition faicte avec luy, payé la veille de Pasques 4 l. t. » Archives de la cathédrale de Troyes, comptes de la fabrique, G 1570, fol. 250v, cité de D. Minois, Le vitrail à Troyes. Le chantier et les hommes, 2005, p. 314, 367). Ces liens stylistiques et documentaires nous incitent donc à attribuer le portrait de Charles de Refuge à Nicolas Cordonnier.
armoiries de Charles de Refuge, abbé de Montier-la-Celle de 1488 à 1514
traces d'inscriptions très lacunaires
« Le Portrait du chanoine Refuge du musée de Vauluisant (fig.75) présente la même acuité graphique du trait, un aspect anguleux, des mains aux doigts effilés et aux ongles clairement tracés, une perspective qui parait forcée et rappelle la "bidimensionalité" du Maître de Clairvaux. Ce tableau est malheureusement extrêmement repeint, ce qui ne facilite pas la comparaison » (Gilles, 2011, p. 120).
« "Le Maître de Clairvaux" [...] est vraisemblablement l'auteur du Portrait du Chanoine Refuge » (Elsig, 2017, p. 26).
Le tableau porte les traces d'une serrure et l'on a pensé qu'après de multiples vicissitudes il avait pu vers la fin du 19e siècle être appelé à fermer quelque poulailler ou clapier. Cependant, nous savons par un manuscrit écrit par un moine de Montier-la-Celle au 18e siècle que Charles de Refuge avait fait faire dans le cloître de son couvent une niche contenant un Ecce Homo et l'avait fait fermer par une porte sur laquelle il s'était fait représenter à genoux. C'est cette porte qui serait parvenue jusqu'à nous, tandis que la niche et la statue auraient disparu dans la démolition du monastère de Montier-la-Celle ; Cossard ; acheté par le musée en 1895.
p. 26 (« vraisemblablement » peint par le Maître de Clairvaux).
p. 164, comme « Maître de Clairvaux ».
p. 61.