La Sainte Famille
Un des très rares tableaux connus de la main de Primatice.
Petit tableau de dévotion privée peint sur ardoise, selon une pratique développée à Rome vers 1530 et dont on ne conserve que de très rares exemples peints en France au XVIe siècle.
L'originalité de ce support d'ardoise invite à mettre ce tableau en relation avec deux mentions anciennes contradictoires qui concernent le même sujet sous deux noms différents :
- le premier est décrit par Peiresc en 1606 sous le nom de Primatice chez le Président Henry de Mesmes (tableau passé à son fils Jean-Jacques de Mesmes, qui mourut en 1642 ) « de Bologne, une Nostre Dame sur ardoise, fort belle ». Ce dernier tableau a été identifié avec la Sainte Famille de Primatice conservée à l'Ermitage à Saint-Pétersbourg par Sylvie Béguin (1972, n° 140). Il s'agit d'une des très rares peintures conservées de la main de Primatice lui-même.
- le second est celui que John Evelyn décrivit succinctement à Paris deux ans après la mort de Jean-Jacques de Mesmes, en 1644, chez le duc de Liancourt sous le nom de Nicolò dell'Abate : « A Madonna of Nicholao, excellently painted on stone ».
Il est vraisemblable qu'il s'agisse d'un seul et même tableau, Nicolò ayant la réputation d'avoir très souvent mis son art de peintre au service de Primatice (Cordellier et Scailliérez, 2026).
La composiiton frappe par les expressions très intériorisées de toutes les figures et l'ambitieux fond d'architecture qui lui sert de fond, certainement inspiré par la manière de Giulio Romano. Stylistiquement la figure de la Vierge - l'élongation de son corps et sa torsion - témoigne de l'influence de Parmigianino tandis que le saint Joseph témoigne, lui, de celle de Michel-Ange. Les deux tendances se retrouvent dans l'anatomie des deux enfants.
La palette est froide, impressionnée par le caractère sombre et austère de l'ardoise ; la lumière, issue de la gauche, l'est de même.
Peiresc (1606) ; au XXe siècle, le nom de Primatice a été prononcé pour la première fois, après beaucoup de noms italiens, par Giuliano Briganti en 1945 (p. 122), suivi par Paola Barocchi en 1951. Sylvie Béguin (1960) pense à l'atelier de Primatice avant de souscrire à l'attribution à Primatice lui-même à partir de 1972.
John Evelyn ( 1644)
Collection de Pierre Crozat
Henri de Mesmes, président au Parlement (1531-1596) ; son fils Jean-jacques de Mesmes (1559-1642).
Duc de Liancourt, 1644 (sous le nom de Nicolò dell'Abate) ?
Pierre Crozat, avant 1740.
L.-A. Crozat, baron de Thiers, 1755.
Catherine II de Russie, après 1772 (sous le nom de Parmigianino, qu'il conserve lors de l'entrée à l'Ermitage.
n° 85 ( Pontormo).
n° 85 (Jacopo Bertoia).
p. 122 et fig. 53 (Primatice).