Marval, Jacqueline
Grandit à Hameau La Jars durant l'enfance à Quaix-en Chartreuse
9 rue Campagne Première
On ignore les raisons précises pour lesquelles la Bibliothèque s’intéressa à Jacqueline Marval. Dans la collection des cabinets d’arts graphiques de la Bibliothèque d’art et d’archéologie fondée par Jacques Doucet, figurent au moins trois œuvres de l’artiste. Il s’agit de deux fusains, Pastorale et Chloé, et d’un dessin au crayon violacé intitulé Femme assise à terre. Ces œuvres se trouvent dans le catalogue de la vente des 28 et 29 décembre 1917 qui permit de financer le don de la Bibliothèque à l’Université de Paris. Pastorale est vendu 65 francs à Léon Marseille, marchand qui vendit des œuvres de Suzanne Valadon et Marie Laurencin à la Bibliothèque. Chloé est acquis pour 100 francs par une personne nommée « Hafolter » et la Femme assise à terre est achetée au prix de 85 francs, sans mention de nom. (source : Camille Philippon et Jordane Pichon, "Jacqueline Marval (1866 – 1933) : une Fauve à la Bibliothèque d’art et d’archéologie", Bibliothèque d'art et d'archéologie Jacques Doucet, mis en ligne le 02 septembre 2021,consulté le 30 septembre 2026).
Familière de l’univers de la création artistique grâce à son père aquarelliste, elle mène une courte carrière d’institutrice avant de produire, autour de vingt ans, quelques œuvres de jeunesse sous le nom de « Marie-Jacques ». Mariée en 1886 à Albert Valentin, elle s’en sépare en 1891. Cette date marque son départ pour Grenoble où elle devient giletière et fait la connaissance du milieu artistique de la ville. En 1895, sur les conseils de l’artiste peintre Jules Flandrin (1871 – 1947), qu’elle vient de rencontrer, Jacqueline Marval s’installe à Paris, au 9 rue Campagne-Première. Celui qui est devenu son amant lui permet d’entrer en contact avec les élèves de Gustave Moreau et de s’imprégner des leçons symbolistes ; en témoigne sa toile La Sirène, particulièrement proche du style de Gustave Moreau1. Jacqueline Marval entre ainsi dans le cercle des artistes Fauves, constitué des peintres de l’atelier de Gustave Moreau tels que Georges Rouault, Charles Camoin, Albert Marquet, Henri Matisse ainsi que Othon Friesz, Charles Guérin et le sculpteur Léon Drivier. Selon Charles Camoin : « Tous conscients de sa valeur, ils l’encouragent et l’admettent parmi eux comme une artiste novatrice, digne de les accompagner2 ». Elle devient amie avec Henri Matisse et Albert Marquet, peint et expose régulièrement avec eux comme au Salon des Indépendants de 1909. Elle effectue des voyages réguliers vers La Tronche, mais aussi au Havre, avec Raoul Dufy et Othon Friesz, et semble avoir une influence réelle sur ses collègues artistes : « Elle entraîna toute la horde des fauves : Matisse, Braque, Vlaminck, Dufy, Friesz, Van Dongen…3 ».
Son style s’affirme à partir de 1901, date à laquelle Jacqueline Marval présente au Salon des Indépendants son Odalisque au guépard et La Sirène. Elle expose dans différents Salons, notamment grâce au soutien des galeristes Berthe Weill et Eugène Druet. De grands collectionneurs et marchands s’intéressent à son travail, comme Ambroise Vollard qui acquiert plusieurs de ses tableaux.
Loin de se limiter à la peinture, Jacqueline Marval multiplie l’expérimentation de différents médiums au cours de sa carrière : « La peinture est la plus grosse partie de son œuvre, mais elle a aussi fait des lithographies, des aquarelles, des pastels, des gravures, des cartons de tapisseries et des essais de sculpture4. Sa formation de giletière, son goût et son talent semblent la rendre populaire auprès de sa clientèle : « C’est là que notre future artiste commença d’occuper par ses premiers essais de tapisserie, de fantaisie, de mode et enfin de peinture les rares loisirs que lui laissaient ses interminables et ennuyeux travaux de giletière dont elle vivait assez péniblement et qu’elle exécutait pour le compte du tailleur Colombe5. ». Par cette formation l’artiste touche ensuite à différents médiums tels que la tapisserie, la broderie et le monde de la mode, ce qui témoigne de sa polyvalence. C’est ce qui est illustré par les portraits que Jules Flandrin réalise d’elle, qui la montrent en train de sculpter ou faisant de la tapisserie. Son autoportrait en plâtre (Autoportrait, plâtre, ca. 1896-1897, 0,48×0,44, coll. part. Le Touvet.) figure d’ailleurs dans l’atelier de son amant, rue Campagne-Première : « Son autoportrait en plâtre peut se remarquer en bonne place dans plusieurs photographies de l’atelier de Jules Flandrin, rue Campagne-Première6 ».
C’est sur les conseils de Jules Flandrin que Jacqueline Marval s’est installée rue Campagne-Première, elle est entourée d’artistes tels qu’Othon Friesz ou Raoul Dufy, qui résident à cette même adresse dès 1900. (source : Camille Philippon et Jordane Pichon, "Jacqueline Marval (1866 – 1933) : une Fauve à la Bibliothèque d’art et d’archéologie", Bibliothèque d'art et d'archéologie Jacques Doucet, mis en ligne le 02 septembre 2021,consulté le 30 septembre 2026).
René-Jean soutient son travail. Jaqueline Marval invite René-Jean chez elle, ainsi qu’en témoigne une lettre du 4 juillet 1916 dans laquelle elle écrit : « Cher ami, Venez dîner avec moi samedi soir vous me ferez le plus grand plaisir. Si vous n’êtes pas libre samedi, donnez-moi un autre jour. ». René-Jean soutient Jacqueline Marval en la présentant dans l’exposition de la peinture française au musée de Winterthur de 1916, organisée avec les galeries Bernheim-Jeune et Druet, ainsi qu’avec Paul Durand-Ruel et Ambroise Vollard. Mentionne une exposition en 1917 dans une lettre à son ami : « j’exposerai à la 2ème exposition des amis, Recevez Monsieur mes remerciements (Bibliothèque de l’Institut national d’histoire de l’art, Autographes 080, 26)
René-Jean et Jacqueline Marval poursuivent leur correspondance après la fermeture de la Bibliothèque d’art et d’archéologie. Dans une lettre, l’artiste écrit ainsi à l’ancien bibliothécaire devenu conservateur du Musée de la Guerre : « […] J’ai vu hier L. Hervieu elle voudrait vous montrer 2 dessins de mutilés qu’elle a fait d’après un grand mutilé elle vous expliquera pourquoi elle ne veut pas qu’ils aillent ailleurs qu’à votre musée de la guerre Voulez-vous lui donner un rendez-vous elle vous les apportera au musée ? ». (source : Camille Philippon et Jordane Pichon, "Jacqueline Marval (1866 – 1933) : une Fauve à la Bibliothèque d’art et d’archéologie", Bibliothèque d'art et d'archéologie Jacques Doucet, mis en ligne le 02 septembre 2021,consulté le 30 septembre 2026).
l’artiste apprend également à René-Jean qu’elle a vu Gertrude Stein, de retour d’Espagne : « J’ai vu hier Melle Stein, elle arrive d’Espagne elle a rencontré Marie Laurencin à Barcelone elle pourrait vous donner de ses nouvelles ». La galeriste Berthe Weill expose aussi bien Jacqueline Marval que Marie Laurencin et présente leurs travaux collectivement en 1908 et en 1913. (source : Camille Philippon et Jordane Pichon, "Jacqueline Marval (1866 – 1933) : une Fauve à la Bibliothèque d’art et d’archéologie", Bibliothèque d'art et d'archéologie Jacques Doucet, mis en ligne le 02 septembre 2021,consulté le 30 septembre 2026).
voisines, un certain nombre de portraits témoignent de la proximité entre les deux femmes, comme celui peint par Bailly intitulé Marval au bal Van Dongen. (source : Camille Philippon et Jordane Pichon, "Jacqueline Marval (1866 – 1933) : une Fauve à la Bibliothèque d’art et d’archéologie", Bibliothèque d'art et d'archéologie Jacques Doucet, mis en ligne le 02 septembre 2021,consulté le 30 septembre 2026).