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21/03/2022 Collectionneurs, collecteurs et marchands d'art asiatique en France 1700-1939

Commentaire biographique

Sylvain Lévi (1863-1935), professeur de « Langue et littérature sanscrites » au Collège de France et directeur d’études à l’École pratique des hautes études (EPHE) est l’un des plus grands indianistes et orientalistes de son temps. Il est né à Paris le 28 mars 1863, dans une famille originaire du Bas-Rhin. Son père, Louis Philippe (1830-1897), était marchand de draps (AP, ECN/V4E 362/958).

En 1873, Sylvain Lévi entre en classe de 6e au lycée Charlemagne (Paris IVe) et suit des études classiques. En 1881, il obtient son baccalauréat, mais est refusé au concours d’entrée à l’École normale supérieure. Il poursuit des études de lettres à la Sorbonne et obtient l’agrégation de lettres en 1883, à l’âge de 20 ans. La même année, il devient allocataire de recherche à la IVe section de l’EPHE, où il suit les cours de langue sanskrite d’Abel Bergaigne (1838-1888). Il assiste également aux cours de grammaire comparée de Michel Bréal (1832-1915) et de Ferdinand de Saussure (1857-1913) ainsi qu’aux conférences sur les langues iraniennes de James Darmesteter (1849-1894) (Bansat-Boudon L., Lardinois R., 2007, p. 31 ; Lardinois R., 2007, p. 174-175).

En 1886, il est nommé Maître de conférences pour la langue sanskrite à la IVe section de l’EPHE, et pour les religions de l’Inde à la Ve section de l’EPHE. En 1889, il succède à Abel Bergaigne, en enseignant à la Sorbonne comme chargé de cours de langue et littérature sanskrites. Il obtient son doctorat d’État ès lettres en 1890, dont la thèse principale est Le Théâtre indien (Lévi S., 1890a) et la thèse secondaire Quid de Graecis veterum Indorum monumenta tradiderint (Lévi S., 1890b). En 1894, à l’âge de 31 ans, il est élu professeur à la chaire de « Langue et littérature sanscrites » du Collège de France. Il est, dans le même temps, élu directeur d’études pour la langue sanskrite et les religions de l’Inde à l’EPHE (IVe et Ve section) (Bansat-Boudon L., Lardinois R., 2007, p. 31 ; Lardinois R., 2007, p. 175-176).

Sa formation et son intérêt pour appréhender au mieux les civilisations de l’Asie, et celle de l’Inde en particulier, font de lui un savant aux nombreuses compétences. Dans le domaine linguistique, outre l’hébreu, le grec, le latin et le sanskrit, il connaît le pali, des langues moyen-indiennes et iraniennes (avestique, pehlevi, persan), le tokharien, le népali, le tibétain, le chinois, le japonais et l’ouïghour. Philologue et linguiste, il est aussi épigraphiste, numismate, historien des pays, des religions et de l’art (Bansat-Boudon L., 2007, p. 21-24). Il entretient des relations avec des sinologues comme Édouard Chavannes (1865-1918) et Paul Pelliot (1878-1945), ainsi qu’avec l’anthropologue et sociologue Marcel Mauss (1872-1950) et l’archéologue bouddhologue Alfred Foucher (1865-1952) (Renou L., 1936, p. 13-14 ; Bongard-Levin G. M., Lardinois R., Vigasin A. A., 2002, p. 38-32 ; Fournier M., 2007, p. 221-236). S’intéressant dans un premier temps à l’Inde brahmanique et classique, Sylvain Lévi élargit rapidement son champ de recherche au bouddhisme, ouvrant son aire géographique au-delà de l’Inde. Ses recherches le conduisent ainsi par trois fois en mission scientifique en Asie, faisant œuvre de découvreur et déchiffreur.

La première mission (1897-1898) est réalisée sous l’égide du ministère de l’Instruction publique et subventionnée par l’Académie des inscriptions et belles-lettres à des fins d’études linguistiques, philosophiques et religieuses. Il séjourne en Inde, au Népal et au Japon, avant de revenir par la Russie (Lévi S., 1899a, 1899b). En Inde, Lévi visite des sites jainas et bouddhiques, étudie la philosophie Nyāya à Bénarès, où il s’exerce également quotidiennement à des conversations en sanskrit (Lévi S., 1899a, p. 72). Au Népal, à Katmandou en particulier, où il réside le plus longtemps, Lévi étudie la vie religieuse du pays dans les textes, les monuments et la pratique. Il collecte ainsi plusieurs manuscrits, principalement bouddhiques, manuscrits originaux sur feuilles de palme, datés du XIe au XVe siècle pour les plus anciens, ou des copies faites sur place, à sa demande. Lévi fait aussi le relevé de nombreuses inscriptions par estampage, afin de pouvoir reconstituer l’histoire du royaume du Népal et laisse aux savants du pays un programme de recherches (Lévi S., 1899a, p. 80-85). Au Japon, il étudie les différentes écoles bouddhiques, séjourne dans des temples, s’initie à la littérature des commentaires chinois et japonais tout en poursuivant sa quête du sanskrit et de ses textes. Il collecte de nombreux ouvrages sino-japonais ainsi que d’anciens dictionnaires sanskrits-chinois (Lévi S., 1899a, p. 87-88).

Sa seconde mission, de 1921 à 1923, est motivée initialement par l’invitation du poète et philosophe Rabindranath Tagore (1861-1941) à venir enseigner dans l’université qu’il vient de fonder à Shantiniketan (Bengale). Lévi y enseigne et visite aussi des sites archéologiques indiens (Lévi D., 1925, p. 20-48, 92-96). Il séjourne à nouveau quelques mois au Népal, où il reprend la recherche et l’étude de manuscrits et d’inscriptions. La suite du voyage le mène en Indochine, sur le site d’Angkor pour une visite de quelques jours, ainsi qu’à Hanoï, avant de rejoindre le Japon où il poursuit ses recherches dans les bibliothèques bouddhiques et donne des conférences à l’université de Tokyo (Goloubew V., 1935, p. 555-557, 561 ; Lardinois R., Weill G., 2010, p. 38-39).

Son troisième voyage (1926-1928) est essentiellement concentré sur le Japon où il a été nommé directeur de la Maison franco-japonaise, créée à Tokyo en 1924 à l’initiative du vicomte Shibusawa Eiichi (1840-1931) et de Paul Claudel (1868-1925) (Frank B., 1974). Il enseigne à l’université et initie le projet du Hôbôgirin, dictionnaire encyclopédique du bouddhisme d’après les sources chinoises et japonaises (Lévi S., Takakusu J., Demiéville P., Gernet J., dir., 1929). En 1928, sur le chemin du retour, Lévi s’arrête en Indonésie, à Borobudur où il étudie des bas-reliefs du temple éponyme et à Bali où il collecte les hymnes et chants sanskrits, encore récités par les prêtres de l’île. Il fait également une nouvelle et dernière escale en Inde et au Népal (Lardinois R, Weill G., 2010, p. 40-42 ; Lévi S., 1933, p. xiv-xv ; Goloubew V., 1935, p. 564-565 ; Renou L., 1936, p. 47-48).

Lévi noue des relations étroites tant en Asie qu’en Europe, et notamment avec les savants russes, dont Sergueï F. Oldenburg (1863-1934), sanskritiste et bouddhologue, fondateur de l’indianisme russe. Soucieux de rétablir le réseau franco-russe d’échanges scientifiques, en partie interrompu par la Première Guerre mondiale et la révolution russe de 1917, il cofonde le Comité français des relations scientifiques avec la Russie en 1925 (Bongard-Levin G. M., Lardinois R., Vigasin A. A., 2002, p. 58-59). Il participe également à la fondation de l’École française d’Extrême-Orient (1898), de la Maison franco-japonaise à Tokyo (1924) et de l’Institut de civilisation indienne à Paris (1927) (Frank B., 1974 ; Goloubew V., 1935, p. 554 ; Lardinois R., 2007, p. 117). Il est élu président de la Société asiatique de Paris en 1928. En 1934, il est vice-président de l’Institut d’études japonaises, à Paris (La Morandière, 1937, p. 12).

Sylvain Lévi s’implique parallèlement pour la « cause juive ». Membre de la société des études juives, il prend parti en faveur du capitaine Dreyfus et entre au comité central de l’Alliance israélite universelle en 1898, dont il sera le représentant lors de la Conférence de la paix de Versailles (1919), puis le président à partir de 1920. En tant que membre du Comité français d’études sionistes, il part en mission en 1918 en Égypte, en Syrie et Palestine, puis aux États-Unis (Bongard-Levin G. M., Lardinois R., Vigasin A. A., 2002, p. 20). Pris d’un malaise lors d’une séance de l’Alliance israélite, Sylvain Lévi s’éteint le 30 octobre 1935 à Paris.

La collection constituée par Sylvain Lévi est plutôt celle d’un savant que d’un esthète, bien qu’il apporta en son temps sa contribution à l’interprétation des monuments de l’Asie, en particulier ceux du Népal (Lévi S., 1905-1908 ; Lévi S., novembre 1925) et de l’Indonésie (Lévi S., 1931).

Ses collectes de manuscrits sont originellement motivées par la recherche des originaux perdus de la littérature sanskrite, parfois connus par des traductions chinoises ou tibétaines pour les textes bouddhiques (Lévi S., 1899a, p. 82).

Les manuscrits sanskrits

C’est notamment dans cette optique qu’il part en mission en Inde et au Népal au cours de l’hiver 1897-1898, avant de se rendre au Japon. Le Népal est considéré comme un conservatoire pour les manuscrits bouddhiques anciens. Sylvain Lévi avait notamment en tête la collecte fabuleuse de textes souvent inédits en Europe réalisée plus tôt par Brian Houghton Hodgson (1800-1894) (Lévi S., 1899a, p. 82).

Bien qu’initialement peu optimiste quant à ses chances de réussite, il va finalement avoir accès, grâce au soutien bienveillant des souverains népalais, à de nombreux textes sanskrits inédits, en particulier des textes bouddhiques, dont il fait réaliser les copies. Il va cependant acquérir, ou, le plus souvent, se voir offrir par les Maharajas ou par leur rājaguru (prêtre royal), plusieurs manuscrits anciens authentiques sur feuilles de palmier, dont les dates s’échelonnent entre le XIe et le XVe siècle et qui constituent des versions très rares, voire dans certains cas des codices unici. Cet ensemble de manuscrits comprend des textes tantriques bouddhiques (Sarvabuddhasamāyogaḍākinījālaśaṁvara, MS.SL.48), hindous (Śivadharma, MS.SL.57), mais aussi une synthèse de la Bṛhat-Kathā, ou Grande Histoire, (Bṛhatkathāślokasaṃgraha, MS.SL.46), recueil de contes légendaire qui n’est connu que par ses citations ou quelques recueils.

Sur un plan artistique, le manuscrit le plus précieux est cependant celui qu’il se voit remettre en guise de cadeau diplomatique à la France, un manuscrit presque complet de la Perfection de Sagesse en huit-mille vers (Aṣṭasāhasrikā-Prajñāpāramitā) datable du XIe siècle et réalisé en Inde du Nord, calligraphié à l’encre sur feuille de palmier talipot (MS.SL.68). Outre le texte qu’il contient, son intérêt réside dans les peintures délicates que portent ses ais de bois, témoignage rare de l’art pictural de la dynastie indienne des Pāla (VIIIe-XIIe siècles). L’un des ais porte la représentation des cinq bouddhas transcendantaux et des quatre déesses bouddhiques associées à la sagesse, alors que l’autre porte des illustrations très originales des vies antérieures du Bouddha, dans des épisodes mettant en exergue la vertu du sacrifice de soi.

Les manuscrits népalais

Lors de son premier séjour au Népal, Lévi s’intéresse à l’histoire religieuse et politique de la région et s’emploie à collecter des documents, manuscrits ou copies, notes de terrain et estampages d’inscriptions lapidaires qui fourniront la matière de son étude Le Népal, un royaume hindou, publié en trois volumes entre 1905 et 1908. Il fait dans ce cadre copier des listes toponymiques liées aux légendes de la vallée de Kathmandu comme le Nepālamaṇḍalābhyantarabuddhavihāranāmāni (MS.SL.60). Il se voit également offrir par le Mahārāja Deb Shumsher un document exceptionnel, le manuscrit de la Nepālī Rājāko Vaṃśāvalī (MS.SL.08). Cette chronique dynastique du Népal, liant ancêtres légendaires et souverains historiques, est rédigée en népali sur un papier relié en leporello et traité à l’orpiment. Son frontispice est illustré de représentations symboliques de lieux emblématiques du Royaume (le stūpa de Svayambhunāth, le liṅga de Paśupatinath, un champ crématoire, la rivière Vāgmatī) ainsi que des images du souverain mythique Dharmadatta, de l’arbre à souhaits et de la forme de Gaṇeśa dénommée Śvetavināyaka ([la forme] blanche de celui qui ôte les obstacles). C’est une des sources centrales des travaux de Sylvain Lévi sur l’histoire du Népal (Lévi S., 1905, p. 193-201).

À partir de son séjour de 1922, Sylvain Lévi va s’intéresser et collecter un nouveau type de manuscrits : des manuscrits népalais, également sur papier, reliés en leporello, abondamment illustrés à la gouache, liés à différents rituels bouddhiques tantriques. Il s’agit de manuscrits relativement récents, le plus ancien datant de 1720 (Manuel du rituel lié au maṇḍala adamantin ou Vajradhātumaṇḍala,MS.SL.59, daté dans le colophon de l’an 841 de l’ère népalaise), les autres étant des copies réalisées à la demande de Sylvain Lévi à partir de manuscrits plus anciens. Les illustrations représentent des gestes rituels, ou mudrā, avec parfois des objets (cloche, vajra, fleurs, etc.) et des instruments de musique. Ils guident le rituel qui induit la visualisation de certaines divinités au sein d’un maṇḍala.

Bien qu’il n’ait pas publié ces manuscrits, il est hautement probable que Sylvain Lévi ait entamé une recherche sur ces rituels spécifiques, comme en témoignent dans ses archives une documentation ethnographique assez exceptionnelle : les photos des mudrā (Collège de France, Service des archives, Archives Sylvain Lévi, 41 CDF , boite de photographies « mudras du Népal : collection Sylvain Lévi »), ainsi que des films documentant ces rituels(Collège de France, Service des archives, Archives Sylvain Lévi, 41 CDF archives audiovisuelles). L’officiant qui accepte de procéder à ces rites jusqu’alors confidentiels pour les documenter est Siddhiharṣa Vajrācārya (1879-1952). Il avait rencontré Lévi lors de ses précédents voyages et s’avère être le copiste de plusieurs manuscrits de la collection. C’est l’ethnomusicologue néerlandais Arnold Adriaan Baké (1899-1963) qui réalise en 1931 les photographies et les films qui constituent aujourd’hui un des plus anciens témoignages filmés du Népal (Baké A. A., 1959, p. 321).

Sylvain Lévi et la collection d’objets de l’institut d’études indiennes

Le nom de Sylvain Lévi est également traditionnellement associé à une collection d’objets, essentiellement népalais, conservée à l’Institut d’études indiennes (anciennement Institut de civilisation indienne) (Mallmann M.-Th., 1964, p. 134-150) dont Lévi est un des fondateurs (Lardinois R., 2003-2004, p. 737-748)

En réalité, Sylvain Lévi n’a jamais été le possesseur de ces objets, dont la plupart sont des dons à l’Institut de civilisation indienne et non à la personne privée de son vice-président. Si la distinction est assez claire du vivant de Lévi, une confusion semble s’instaurer ensuite dans la communauté indianiste, liant la collection de l’Institut à son fondateur. Ainsi, c’est en tant que Collection Sylvain Lévi que certains des bronzes népalais (SL.01 ; SL.02 ; SL.03 ; SL.04 ; SL.05 ; SL.06 ; SL.07 ; SL.08 ; SL.09 ; SL.10 ; SL.11 ; SL.12 ; SL.13 ; SL.14 ; SL.15 ; SL.16 ; SL.17 ; SL.19 ; SL.20) de l’Institut de civilisation indienne sont exposés au musée Guimet en 1963, dans le cadre des manifestations liées au centenaire de la naissance de Lévi (Mallmann M.-Th. de, 1964).

Pourtant, à l’exception de la sculpture en bois laqué d’un bodhisattva japonais (SL.25) dont la provenance n’est pas documentée et qui pourrait avoir été rapportée par Sylvain Lévi du Japon, aucun des objets de l’Institut n’a été hérité du grand orientaliste.

Le cœur de la collection, constitué d’une trentaine d’œuvres népalaises, fut en réalité donné à l’Institut dès 1929, par le Mahārāja Chandra Shumsher Jung Bahadur Rana (1863-nov. 1929), premier ministre et commandant en chef suprême du Népal. Cette donation suit d’ailleurs une procédure officielle : Chandra Shumsher, en sa qualité de chef du gouvernement, adresse sa proposition par courrier au ministre de l’Instruction publique et des Beaux-arts à Paris, avec la liste des objets (Collège de France, Archives Sylvain Lévi, 41 CDF, boîte de correspondances (enveloppe XXXV, 5.1).

Lévi a pourtant bien un lien avec cette collection, mais en qualité d’intercesseur, voire d’initiateur de ce don. Il noue des relations chaleureuses avec la famille régnante népalaise dès son premier séjour en 1898, celle-ci lui apportant sa protection et son soutien dans ses recherches, liens qu’il renforce lors de sa seconde visite en 1922 (Lévi D., 1926, p. 115-189) Il poursuivra une correspondance avec différents membres de la dynastie, notamment Chandra Shumsher et son fils Kaiser (1892-1964), et se fait envoyer des photographies et des documents (Collège de France, Service des archives, Archives Sylvain Lévi, 41 CDF, Boîte XXXV, Lettre de Kaiser Shumsher à Lévi du 11 décembre 1924 ; Carton 4, boîte B, Lettre du 15 février 1925 de Chandra Shumsher à Sylvain Lévi).

En 1927, Sylvain Lévi crée avec Émile Senart (1847-1928) et Alfred Foucher (1865-1952) l’Institut de civilisation indienne. Il active alors ses réseaux en Europe et en Asie pour une campagne de mécénat visant à financer les activités de l’Institut, ses publications et la création d’une bibliothèque. Sur son impulsion, l’Institut va bénéficier depuis l’Inde de subventions de la part du Wadi Trust de Bombay, du Gaekwad de Baroda et du Nizam d’Hyderabad (Collège de France, IEI, archives de l’Institut d’études indiennes). Le premier ministre du Népal Chandra Bahadur Shumsher apporte quant à lui son soutien par le don d’une collection (Collège de France, Archives Sylvain Lévi, 41 CDF, boîte de correspondances (enveloppe XXXV, 5.1). Point de manuscrits cette fois. Chandra Shumsher a déjà fait don en 1909 de plusieurs milliers de manuscrits anciens à la Bodleian Library d’Oxford (Pingree D., 1984, p. V), il n’en a sans doute plus guère à céder pour l’Institut de civilisation indienne. Il va donc offrir une collection d’objets : sculptures en bronze (dont une sculpture représentant la « Reine Māyā donnant naissance au Bouddha » SL.16), sur bois (représentation à l’échelle d’une des fenêtres du Darbar de Patan SL.49), pièces d’orfèvrerie, lampes, armes, mettant en exergue l’excellence des artisans népalais. Il semble que ce soit Chandra Shumsher qui ait lui-même sélectionné les œuvres constituant cette collection. Néanmoins, il est guidé dans ces démarches par Sylvain Lévi, et c’est sur sa suggestion qu’il entreprend cette donation, comme il l’exprime clairement dans sa lettre adressée au ministre de l’Instruction publique et des Beaux-arts. En contrepartie, il semble que Sylvain Lévi ait œuvré pour que Chandra Shumsher reçoive différentes distinctions. Le souverain est décoré comme grand-officier de la Légion d’honneur en 1925. Cette distinction, alors à venir, est évoquée dès 1924 par Kaiser Shumsher dans un courrier à Sylvain Lévi, dans lequel il le remercie pour son intercession (Collège de France, Archives Sylvain Lévi, 41 CDF, boîte XXXV) et fait l’objet d’un article par Sylvain Lévi dans L’Illustration (Lévi S., 1925). En 1929, année du don à l’Institut de civilisation indienne, Chandra Shumsher est également élevé à la dignité de grand-croix de la Légion d’honneur (Annuaire officiel de la Légion d’honneur, Musée de la Légion d’honneur).

L’achat de la bibliothèque de Sylvain Lévi pour l’Institut de civilisation indienne

Sylvain Lévi décède le 30 octobre 1935. Alfred Foucher, directeur de l’Institut de civilisation indienne, entreprend des démarches auprès du rectorat de Paris afin de financer l’acquisition de sa bibliothèque (AN, 20010498/108).

La section de sinologie fait l’objet d’une estimation sommaire par Paul Demiéville (1894-1979), celle d’indologie par Louis Renou (1896-1966) (AN, 20010498/108).

Les ouvrages d’indologie et de sinologie, tout comme les manuscrits, seront achetés auprès de la famille (la veuve de Sylvain Lévi, Désirée (1867-1943) et ses deux fils, Abel (1890-1942) et Daniel (1892-1967), pour l’Institut de civilisation indienne par le rectorat de Paris pour un montant de 200 000 francs (AN, 20010498/108). La collection rejoint les locaux de l’Institut de civilisation indienne de la Sorbonne en 1936 (AN, 20010498/108).

La présence des manuscrits en son sein est confirmée par une controverse qui transparaît dans les archives du rectorat (AN, 20010498/108 : Lettre du 27 janvier 1937, de Julien Cain ; Lettre du 30 janvier 1937 de Charles Beaulieux ; lettre (tapuscrit corrigé de manière manuscrite) du 1er février 1937 du Cabinet du recteur de l’Université de Paris à M. Foucher ; Lettre du 3 février 1937 d’Alfred Foucher au recteur de l’académie) : en 1937, Alfred Foucher envisage de mettre en dépôt les manuscrits à la Bibliothèque nationale, ce qui lui vaut une réponse cinglante du rectorat sur le fait que l’Université n’allait pas se séparer de la partie la plus précieuse d’une bibliothèque acquise sur ses crédits.

La collection va ensuite suivre les pérégrinations de l’Institut de civilisation indienne (rebaptisé Institut d’études indiennes en 2001) (Lettre d’information de l’Institut d’études indiennes (Instituts d’Extrême-Orient du Collège de France), n° 11, octobre 2000, p. 2).

Celui-ci quitte la Sorbonne en 1969 pour la Maison de l’Asie, 22 avenue du Président Wilson Paris 16e (Lettre d’information de l’Institut de civilisation indienne (Instituts d’Extrême-Orient du Collège de France), n° 1, septembre 1990, p. 2).

En 1973, l’Institut de civilisation indienne, tout comme les autres instituts d’Asie relevant jusque-là de l’Université de Paris, change de tutelle et passe officiellement dans le giron du Collège de France (décret 73-47 du 4 janvier 1973). Il rejoint en 1990 le bâtiment situé 52 rue du Cardinal Lemoine Paris 5e, qui abrite les bibliothèques et centres d’étude des civilisations du Collège de France, aujourd’hui dénommé Institut des civilisations du Collège de France (Lettre d’information de l’Institut de civilisation indienne (Instituts d’Extrême-Orient du Collège de France), n° 1, septembre 1990, p. 2).

Une partie des manuscrits a été numérisée et est publiée en ligne sur la bibliothèque numérique du Collège de France, Salamandre : https://salamandre.college-de-france.fr