Plaque d'une croix : la Résurrection des morts
La Résurrection est représentée par trois hommes sortant de leurs tombeaux, selon le récit de l’évangile de saint Matthieu, (27, 52-53). Les trois hommes sont en figure d’applique, les yeux en perles d’émail bleu. Sur les côtés, deux personnages sont assis sur le tombeau, tenant les couvercles. Le personnage au milieu est train de sortir du tombeau, levant ses bras en prière. Deux cercueils sont émaillés de bandeaux polychromes. Le fond bleu de la plaque est décoré de rinceaux et de fleurs gravées et dorées en réserve. Une inscription court le long du rebord inférieur de la plaque, dont les côtés latéraux sont gravés d’inscriptions pseudo-coufiques. La dorure irrégulière du rebord supérieur de la plaque indique que celle-ci était assemblée à d’autres plaques dans une grande composition, probablement une Crucifixion.
L’inscription de la base inférieure peut être traduite ainsi « pour un dessein arrêté, crucifié avec le Crucifié ». Ce verset a été correctement identifié par Audrey Scanlan-Teller, cit., p. 82, comme appartenant à un poème consacré à la vie et à la mort de saint Étienne de Muret. Moine ascétique et ermite, fondateur de l’ordre de Grandmont, Etienne fut canonisé en 1189. Il établit une petite communauté d’ermites près de Muret, à proximité de Limoges. Après son décès, en 1124, la communauté se transféra à Grandmont, où fut construite une abbaye, détruite en 1790. Grandmont fut une abbaye d’importance majeure, soutenue par les rois Plantagenets. Elle recelait un trésor somptueux et un autel majeur orné d’émaux de Limoges, comportant les figures des apôtres, dont certains sont conservés dans de grandes institutions muséales en France et à l’étranger (cf. Emaux 1995, cat. 58).
Une autre plaque associée avec la Résurrection est conservée à la Walters Art Gallery de Baltimore, inv. 22.44. Provenant de la hampe gauche de la croix, cette plaque représente la Vierge tenant une boîte contenant probablement de la myrrhe (cf. Audrey Scanlan-Teller). Les deux plaques présentent le même répertoire décoratif : rinceaux enroulés se terminant en fleurons et inscriptions pseudo-coufiques. La taille considérable de ces fragments indique qu’ils proviennent d’une croix monumentale, probablement démembrée à la Révolution. Deux Christ d’applique aujourd’hui conservés dans des collections publiques peuvent suggérer les dimensions de cette croix : Paris, musée du Louvre, inv. OA 9956 et Baltimore, Walters Art Gallery, inv. 44.228.
Bon état de conservation général. La figure centrale a perdu son bras gauche. Dorure légèrement usée.
PROPOSITO FIXO CRUCIFIXVS CV[M] CRVCIFIXO
pour un dessein arrêté, crucifié avec le Crucifié
Provenant de Charlecote Park House (Warwickshire), arrivée en Angleterre probablement par le biais d’un membre de la famille Lucy. Achetée en 1945 à Sir Montgomerie Fairfax-Lucy.
p. 151, fig. pl. XVI.
GF-12, p. 100, 116.
TOME CEM II ou III ; Photos CEM-CNRS : Corpus 1381; dia 16958 (Cl. VAM) ; révision GF