Croix composée à croisée en mandorle et empattements trilobés et curviligne.
À l'avers, au centre, figure d'applique du Christ, fixée par quatre clous sur une croix émaillée de deux différents tons de vert, foncé et clair. Le Christ est représenté souffrant, les yeux fermés, portant un nimbe crucifère ponctué de pois jaunes. Les traits du visage, allongés et marqués, rendent l'image très expressive ; le caractère stylisé du corps rappelle des schémas byzantins.
Au-dessus, main divine sortant d'une nuée et
titulus
en réserve, abrégé sur deux lignes. En bas du Crucifix, au dessus du
suppedaneum
, silhouette en réserve d'Adam.
Le fond de la plaque centrale est orné de losanges et disques émaillés. Aux extrémités, figures d'applique, au module allongé : sur les côtés, Vierge et saint Jean, en haut et en bas, deux saints non identifiés.
Sur les plaques des terminaisons, disques émaillés et quatre-feuilles inscrits dans des disques et des demi-disques.
Le revers est nu.
Beata Frey-Stecowa (cf. Beata Frey - Stecowa 1987, p. 55-56) a suggéré que la croix aujourd'hui à la Fondation Czartoryski est le résultat d'un remontage datant du XIXe siècle, effectué à partir de deux croix différentes. De l'une proviendraient les plaques trilobées des extrémités, de l'autre la plaque centrale et l'applique du Christ. La typologie du décor et surtout la gamme chromatique des différentes parties ainsi que son âme de bois moderne et l'absence du décor au revers confirment la composition hétérogène de la croix . Les appliques des extrémités proviennent probablement de la même croix que celle du Christ, étant donné leur proximité stylistique. D'ailleurs, ces appliques de la traverse, comme l'a souligné Frey-Stecowa, ont été placées au point de jonction entre la plaque centrale et celles latérales, et non appliquées sur ces dernières ; un parti qui vise à dissimuler la discontinuité entre les deux parties et à rendre l’œuvre plus homogène.
L’œuvre appartient à une typologie de croix répandue dans la production des émaux de Limoges au tout début du XIIIe siècle, caractérisée par la même structure à croisée ronde ou en mandorle et aux empattements trilobés, et par le même répertoire décoratif ; on peut citer, comme exemples les plus significatifs, les croix de Bloomington (Indiana University Art Museum, inv. 75.97) et de Saint-Pétersbourg (Musée de l'Ermitage, inv. phi 184).
Le style est assez soigné : sont à signaler l'emploi de deux tons de vert pour le bois de la croix, le nimbe polychrome délicatement orné et le décor pointillé des réserves. Mais la partie la plus originale est sans doute l'ensemble des appliques, caractérisées par des proportions allongées, des visages expressifs, avec des grands yeux tirés vers le bas et le nez plat. Le Christ, en particulier, frappe par l'expressivité de son visage douloureux, évoquant des modèles byzantins.
L’œuvre a été datée de façon assez vague dans le XIIIe siècle ; pourtant, pour les raisons exposées ci-dessus, une datation plus précoce, vers 1200 doit être envisagée.
La composition de la croix est le résultat d'un remontage qui ne peut pas être daté avec certitude (cf. commentaire descriptif).
La tête rapportée de la figure d'applique de l'extrémité supérieure a disparue. Figure (en émail ou en applique ?) d'Adam manquante. Dorure usée sur les figures d'appliques. Revers disparu.
Âme de bois moderne.
En possession de M. Jacques Haget à Pau, en 1891. Présentée dans l'exposition Concours régional de 1891 - Album de l'exposition rétrospective du château de Pau. Achetée par le prince Czartoryski (Cracovie) à une date inconnue; nationalisée en 1946; fondation privée depuis 1991.
n° 219, p. 45
n° 14, p. 25. Tb. XIV
n° 269, p. 113. Ill. 127
Cl. Swiechowski (s.d.): A, Aa, Ac = Corpus 4624, 4625, 4626.
Photo CEM : corpus 4624, 4625, 4626
Photo CEM : corpus 4624, 4625, 4626
Photo CEM : corpus 4624, 4625, 4626
TOME CEM II